Article d’Isabelle Dupras, chargée de projet, stratégie communication et marketing chez Aiglon Indigo, végétaux et semences indigènes.

 

Dans un article précédent, nous vous avons dévoilé l’avènement d’un projet novateur issu de la collaboration du Jardin Daniel A. Séguin et d’Aiglon Indigo. Tel que promis, voici les plus récentes nouvelles au sujet du déploiement de ce chantier. Tout au long du printemps, nous avons travaillé à la sélection méticuleuse des végétaux. Ce processus rigoureux nous a  néanmoins enthousiasmés, car nous étions impatients de mettre en place ces communautés de plantes appelées à incarner une horticulture nouvelle, évocatrice de notre nature et empreinte d’authenticité.

 

Une sélection minutieuse et organisée

Les plantes du projet ont été choisies afin de jouer des rôles précis issus des concepts présentés dans l’ouvrage « Planting in a Post Wild World ». Elles ont également été distribuées dans les différentes zones que nous avons déterminées afin de faciliter la composition du jardin. Nous avons donc subdivisé le jardin en six zones qui, en plus de nous aider à structurer l’espace, répondaient aux conditions prévalentes dans chacune de ces zones. Ainsi, la portion de l’Espace Aiglon Indigo dans laquelle on retrouve de magnifiques roches et rochers datant de l’époque de la création du jardin par Milan Havlin et formant une splendide muraille une fois désherbée, s’est vue qualifiée de « zone de l’escarpement ». En lui attribuant ce nom et ce découpage, nous convenions alors que la mise en valeur de la muraille et les conditions d’ombre créées par le peu d’expositions direct au soleil nous encourageaient à utiliser une panoplie de végétaux issus des falaises maritimes ombragées de l’est du Québec. Ce secteur fait donc appel à des espèces telles que l’ancolie du Canada et le zygadène glauque. Cinq autres zones se partagent l’espace et les voici schématiquement représentées.

 

Fig 1. Les 6 zones thématiques

 

Planifier en trois dimensions

Les zones établissent un partage de l’espace vu en plan, mais nous avons également établi une distribution de l’espace en trois dimensions. L’approche développée par Thomas Rainier et Claudia West est des plus efficaces en ce sens. On y retrouve trois strates fonctionnelles, un peu à l’image des strates qui occupent l’espace en milieu naturel : une strate couvre-sol, une strate d’animation et une strate structurale. Ces strates fonctionnelles permettent également d’occuper l’espace de manière globale, hors du sol, par le port des plantes, comme dans la terre par leurs systèmes racinaires.

La strate la plus basse, dite couvre-sol est composée de plantes basses, de plantes couvre-sol, de graminées et de plantes apparentées. Elle est de première importance dans cette approche, car elle vise à recouvrir le plus possible la surface du sol et limite les possibilités pour des espèces indésirables de s’établir. Elle constitue de plus une toile de fond sur laquelle se déploient les autres espèces des autres strates. La strate intermédiaire d’animation, comme son nom l’indique, vise à donner vie à l’espace, à l’animer et à faire en sorte que l’aménagement soit perpétuellement renouvelé et changeant. Elle recourt généralement à des espèces dont l’intérêt est passager, mais spectaculaire, souvent des vivaces lors de leur floraison, mais aussi des plantes dont la coloration automnale est remarquable ou les fruits hors du commun.

La troisième strate est la strate structurale. Elle vise à donner forme à l’espace en accentuant les contours ou les éléments marquants, à diriger le regard ou encore à guider les déplacements. Cette strate peut aussi créer des conditions d’ombrage et d’ambiance qui aident à définir le lieu.

 

La sélection finale

Pour ces six zones et ces trois strates, nous avons sélectionné une série de plantes indigènes, pour la plupart, qui s’agencent harmonieusement et qui créent un enchaînement de floraisons et de renouveau au fil des saisons. Voici donc les plantes que nous avons sélectionnées :

Strate couvre-sol
Anemonastrum canadense Anémone du Canada
Avenella flexuosa Carex des Appalaches
Carex appalachica Carex doré
Carex lurida Carex de Pennsylvanie
Carex pensylvanica Carex plantain
Carex plantaginea Carex à larges feuilles
Carex platyphylla Cystoptère bulbifère
Cystopteris bulbifera Cystoptère fragile
Deschampsia cespitosa Deschampsie flexueuse
Dichanthelium clandestinum Panic clandestin
Fragaria virginiana Fraisier des champs
Juncus tenuis Jonc grêle
Onoclea sensibilis Onoclée sensible
Polygonatum pubescens Sceau-de-Salomon
Sporobolus heterolepis Sporobole à glumes inégales
Strate saisons/spectacle  
Agastache foeniculum Agastache fenouil
Anticlea elegans Zigadène glauque
Aquilegia canadensis Ancolie du Canada
Dianthus carthusianorum Œillet des Chartreux
Iris hookeri Iris de Hooker
Leucanthemum vulgare Marguerite blanche
Lilium canadense Lis du Canada
Lobelia cardinalis Lobélie cardinale
Maianthemum racemosum Smilacine à grappes
Maianthemum stellatum Smilacine étoilée
Monarda fistulosa Monarde
Phytolacca americana Physostégie de Virginie
Sisyrinchium montanum Bermudienne
Sium suave Berle douce
Solidago caesia Verge d’or bleuâtre
Symphyotrichum cordifolium Aster à feuilles cordées
Trillium erectum Trille rouge
Verbena hastata Verveine hastée
Strate structurale  
Acer pensylvanicum Érable de Pennsylvanie
Acer spicatum Érable à épis
Aronia melanocarpa Aronie à fruits noirs
Carpinus caroliniana Charme de Caroline
Celtis occidentalis Micocoulier occidental
Ilex verticillata Houx verticilé
Sambucus canadensis Sureau blanc
Sambucus racemosa subsp. pubens Sureau pubescent
Symphoricarpos albus Symphorine blanche
Viburnum nudum var. cassinoides Bourdaine

 

Au cours de plusieurs chaudes journées de juillet nous avons procédé, avec l’équipe du Jardin, à la plantation de plus de 2 000 plantes indigènes. Le prochain article se penche d’ailleurs sur cette palpitante étape.